05/ Le règne d’Albert Ier (1909-1934)

Suite au décès du fils de Léopold II et à la loi salique qui interdit à ses filles de monter sur le trône, c’est son neveu Albert (époux de Élisabeth von Wittelsbach, Duchesse de Bavière) qui lui succède en 1909. La Belgique est, à cette époque, la neuvième puissance économique du monde et dispose désormais d’une colonie qui va lui apporter d’énormes débouchés pendant plusieurs décennies et accroître son prestige sur le plan international.

albert et elisa

La vie politique à la veille de la 1er guerre mondiale

La lutte pour le suffrage universel pur et simple se poursuit. Le “patron” du POB (Émile Vandervelde) dépose une proposition dans ce sens en 1912. En 1913, une nouvelle grève générale est organisée par le POB (Parti Ouvrier Belge). Elle se déroule, cette fois, sans violence alors même que l’ampleur du mouvement est sans précédents (300.000 à 450.000 grévistes selon les sources). Le problème du suffrage universel demeure posé à la veille de la guerre.

Loi Poullet de 1914 (en vigueur seulement à partir de 1919 du fait de la 1er guerre mondiale) institue pour la 1er fois un enseignement primaire obligatoire et gratuit pour les enfants âgés de 6 à 14 ans.

La vie économique à la veille de la 1er guerre mondiale

A la veille de la Première guerre mondiale, la Belgique se situe toujours parmi les principales puissances industrielles du monde.

La Société Générale de Belgique est, en 1913, une grande banque internationale qui a des participations dans tous les pays du monde. Elle contrôle, en outre, 2/3 de l’économie du Congo.

La première guerre mondiale (1914-1918)

Son déroulement

Le 4 août 1914, les troupes allemandes pénètrent en Belgique, pays neutre. Pour la première fois depuis la reconnaissance de son indépendance, le pays se retrouve dans un conflit armé.

Face à la résistance belge, l’armée allemande exerce, pendant le mois d’août 1914, des représailles très dures à l’égard de la population civile belge. Plus de 5.000 civils vont être tués en 20 jours (5 août- 26 août). L’armée allemande n’avait ni prévu de rencontrer une résistance militaire aussi acharnée ni d’avoir affaire à une population civile aussi rebelle à son autorité. Dans certains cas, suite à des actions de prétendus francs-tireurs, les Allemands vont fusiller sans aucune forme de procès de nombreux civils choisis au hasard. Le 22 août 1914, les soldats de l’armée allemande vont fusiller sur la place de Tamines plusieurs centaines de Taminois. On comptera 383 victimes. Le lendemain, à Dinant, ce seront 674 personnes qui seront tuées. Par ailleurs, 15 000 maisons vont être incendiées. On en comptera 1.500 rien qu’à Dinant, 600 à Visé sans compter les autres villes comme Andenne, Tamines et Louvain.

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Au début de la guerre, entre 1.300.000 et 1.500.000 Belges, soit près d’1/5e de la population vont chercher refuge à l’étranger (principalement aux Pays-Bas, en France et en Grande-Bretagne) . Toutefois, la grande majorité d’entre eux (en particulier ceux se trouvant aux Pays-Bas) va revenir rapidement en Belgique.

Belgian refugees 1914

Face à l’avancée des troupes allemandes, le Commandement belge décide d’inonder la plaine de l’Yser afin de les stopper. Cette manœuvre réussit. La montée des eaux force les armées en présence à renoncer aux grandes tentatives de percée. La guerre de mouvement se transforme en guerre de tranchées. Les Allemands restent à proximité de l’Yser, les Belges prennent position derrière la digue du chemin de fer Nieuport-Dixmude. Entre eux, il n’y a que de l’eau et des marais.

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A partir d’octobre 1914, toute la Belgique va donc être occupée à l’exception d’un petit bout de territoire à l’ouest de l’Yser (à proximité de la frontière française). Le gouvernement belge

La troisième bataille d’Ypres va sévir du 31 juillet jusqu’au 10 novembre 1917 avec pour stade final “la bataille de Passchendaele” qui va être un massacre sans pareil.

Dans ces tranchées et dans le no man’s land qui les entoure, environ un demi-million de personnes vont trouver la mort entre 1914 et 1918. Parmi eux, non seulement des Allemands, des Français, des Britanniques et des Belges, mais aussi des Marocains, Algériens, Tunisiens, Sénégalais, Canadiens, Australiens, Néo-Zélandais, Chinois, Indiens et Jamaïcains, ainsi que beaucoup d’autres nationalités {Voir: ieper.be}.

La vie dans les tranchées est très dure. Elles sont construites en terre et se remplissent d’eau dès que les premières précipitations apparaissent. Quand l’eau monte très vite, les soldats risquent la noyade. Après des pluies abondantes, la terre se transforme en boue. Les soldats s’y retrouvent confrontés aux rats, aux maladies, au froid et au bruit. Dans la tranchée, le temps se passe surtout à attendre. Une attente dans le danger et la mort permanente. Les soldats sont là, face à face.

Dans les tranchees hiver 1915-1916

Idée de visite: Le musée “In Flanders Fields” à Ypres, le “boyau de la Mort” à Dixmude et les nombreux cimetières militaires de la région

Le musée “In Flanders Fields” icon map-makerGrote Markt 34 – 8900 Ieper icon phone32 (0)57/23 92 20 – icon envelopeinflandersfields.be} présente l’histoire de la Première Guerre mondiale dans la région du front en Flandre Occidentale. L’exposition permanente raconte l’invasion de la Belgique et les premiers mois de la guerre de mouvement, les quatre années de guerre des tranchées dans le Westhoek, puis la fin de la guerre et la commémoration qui n’a pas cessé depuis. La scénographie est centrée sur l’expérience humaine. Des personnages ayant réellement existé et des présentations interactives confrontent le visiteur contemporain à ses semblables ayant connu la guerre, il y a un siècle.

Le “boyau de la Mort” {icon map-makerIJzerdijk 65 – 8600 Diksmuide –icon phone32 (0)51/50 53 44} est le dernier élément conservé du front belge de la Première Guerre Mondiale. Il est constitué de deux tranchées parallèles de 400 mètres creusées dans la digue de l’Yser, la tranchée avant de combat et la tranchée arrière de support.

On trouve quelque 150 cimetières militaires dans la région entourant Ypres. Parmi ceux-ci celui de Tyne Cot {icon map-makerVijfwegenstraat 1 – 8980 Zonnebeke –icon phone32 (0)51/77 04 41} (situé près de Passendale), probablement un des plus vastes cimetière britannique du monde, où reposent quelque 12.000 soldats.

Le Comité national de Secours et d’Alimentation

En septembre 1914, le groupe Solvay

La vie politique après la 1re guerre mondiale

Au titre de dommages de guerre, en application du traité de Versailles {Notons qu’ il ne sera inscrit dans la Constitution qu’en 1921}.

Le droit de vote des femmes va, par contre, être limité aux élections communales (1921), à l’exception des veuves de guerre et des mères de soldats décédés qui vont pouvoir, elles, également participer aux autres élections (élections législatives et provinciales).

Par contre, les femmes sont éligibles à tous les niveaux avg-carhif.be – independance}.

Des réformes sociales

Celles-ci font souvent suite aux grèves, toujours plus nombreuses, qui vont se dérouler dans le secteur des charbonnages et de la métallurgie, en particulier.

Parmi les réformes sociales qui seront prises, il y aura notamment l’introduction de l’impôt sur le revenu, l’abrogation de l’article du code pénal entravant fortement l’exercice du droit de grève (1921), la limitation à 8 heures de la journée de travail (1921), la création de la Société nationale des habitations à bon marché (1920) de même que l’établissement des premières commissions paritaires (CP) dans le secteur de l’industrie (1919). Ces CP, qui sont des lieux de discussion entre les travailleurs et les employeurs, vont progressivement se généraliser malgré certaines réticences patronales et vont devenir le cadre de négociations de conventions collectives entre représentants des employeurs et des travailleurs.

Parmi les autres réformes qui vont se succéder à cette époque, on notera celle relative à l’assurance vieillesse et au décès prématuré qui va être rendue obligatoire pour les ouvriers et les employés (1924-1925), tout comme la couverture des maladies professionnelles (1927). En outre, un système obligatoire d’allocations familiales va être organisé (1930).

La flamandisation de l’Université d’État à Gand (1930)

En 1930, l’Université d’État à Gand devient la 1re université flamande. Mais cela ne s’est fait qu’au terme de bien des débats et de bien des péripéties, ce qui va générer une grave déception dans l’opinion flamande.

L’égalité des 2 langues nationales (1932)

Le néerlandais acquiert la même position légale en Flandre que le français en Wallonie (principe de l’unilinguisme des régions), tandis que Bruxelles et l’administration centrale de l’État doivent devenir bilingues.

A Bruxelles, les lois linguistiques vont être cependant, en pratique, à peine appliquées ou habilement contournées (il n’y avait pas de contrôle de leur application effective).

L’abolition du principe de la neutralité obligatoire

La Belgique signe un accord militaire défensif avec la France en 1920.

La pratique des coalitions gouvernementales

Les effets conjugués du suffrage universel et de la représentation proportionnelle vont imposer la pratique des coalitions gouvernementales. Les partis qui s’associent en vue de la formation d’un gouvernement sont contraints de négocier entre eux un programme qui consigne à la fois les satisfactions que chacun d’entre eux obtient et les concessions que chacun d’entre eux fait. Durant cette période, la coalition qui va couvrir, au total, la plus longue période (sans être pour autant celle qui s’est formée le plus souvent) est celle des catholiques et des libéraux, c’est à dire celle des partis qui avaient alterné au pouvoir au 19e siècle. La pratique de la coalition aura notamment pour effet de voir apparaître la fonction de Premier Ministre, fonction qui était, comme telle, inexistante auparavant et dont le rôle ne cessera de croître en importance.

L’instabilité gouvernementale va être grande de 1918 à 1921 et de 1931 à la deuxième guerre mondiale. Une cause fréquente de la chute des gouvernements sera la question linguistique (dont la question de l’université flamande de Gand).

La vie économique après la 1re guerre mondiale

Le mouvement de concentration des entreprises se poursuit. La Société Générale de Belgique prend le contrôle d’entreprises existantes {vidéo https://www.youtube.com/watch?v=w3F3gJAIzIE}

Misere au Borinage d Henri Storck

Misère au Borinage{Disponible: cinematek.be} est un film tourné en 1932 et 1933 par Henri Storck et Joris Ivens. Ce documentaire militant explore longuement la misère des mineurs, l’exploitation ouvrière au Borinage à cette époque, les conditions de vie difficiles des ouvriers de la houille, leurs maladies physiques, etc. Il est aussi une évocation de la grande grève de 1932 qui a paralysé les charbonnages de Wallonie et la répression sans pitié qui s’en suivit.

Le Ruanda-Urundi

Après la guerre, la Belgique va obtenir (en 1923) de la Société des Nations (ancêtre de l’ONU actuelle) un mandat sur le Ruanda-Urundi {Medard (J-F), Rwanda, Burundi: les racines de la violence, L’Afrique en direct}.

Au Ruanda

Au Ruanda, la période précoloniale va être caractérisée, notamment, à partir de la 2e moitié du 18e siècle, par la fixation de populations (pasteurs comme agriculteurs) jusqu’alors itinérantes et la montée en puissance d’une dynastie d’origine pastorale qui va supplanter ses rivaux et contrôler des corps d’armées. Durant le 19e siècle, à partir du Ruanda central (entre Kigali et Gitarama), la dynastie va s’efforcer d’étendre et de consolider ses conquêtes.

Les lignées royales et les lignées qui leur sont apparentées sont tutsies, elles possèdent de grands troupeaux bovins. Quant aux pasteurs et aux agriculteurs ils sont soumis les uns comme les autres à l’autorité des chefs nommés par le roi.

Le dualisme ethnique n’existe pas sous la forme qu’il prendra au 20e siècle. Le clivage social essentiel est celui qui sépare la noblesse (soit l’entourage dynastique qui possède l’essentiel des pouvoirs) des simples sujets, qu’ils soient agriculteurs ou pasteurs. Les Hutus riches possèdent des vaches (acquises en échange de produits vivriers), les Tutsis pratiquent également l’agriculture mais privilégient l’élevage (l’inégalité en fortune pastorale est très grande: des quelques têtes de bétail possédées par le petit éleveur à plusieurs troupeaux pour les grands personnages du royaume).

L’appartenance (par filiation paternelle) à une lignée d’origine hutue, ou d’origine tutsie, est établie par la généalogie, mais cette distinction n’empêche ni les mariages, ni les échanges économiques {Ce qui précède est extrait de: Vidal (C), Les relations entre Hutus et Tutsis de 1750 à 1973: période précoloniale, colonisation et indépendance[icon pdf ],’ première République ‘}.

Tous les Tutsis n’appartiennent pas à la noblesse et dans certaines contrées, des familles hutues sont au pouvoir {Shyaka (A), LE CONFLIT RWANDAIS, Origines, Développement et Stratégies de sortie[icon pdf ], Étude commandée par La Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation}.

Ainsi, même si les appartenances Hutue, Tutsie et Twa (Pygmées) ont bien existé avant la colonisation, elles n’avaient pas le même contenu et n’étaient pas des références identitairement primaires ni génétiquement hermétiques. En outre, la “tutsité” et la “hutuité” n’étaient pas des appartenances invariablement immuables. Les mécanismes de promotion sociale ou la “tutsification” pour les Hutus mais aupeau important de vaches, pouvaient provenir de 3 actes fondamentaux: la décision royale, le mariage d’une fille d’un “grand Tutsi” ou l’adoption par un Tutsi. Le phénomène inverse, la “hutification“, une sorte de dégradation sociale, existait aussi pour les Tutsis qui se retrouvaient dépossédés de leurs troupeaux  {Shyaka (A), LE CONFLIT RWANDAIS, Origines, Développement et Stratégies de sortie[icon pdf ], Etude commandée par La Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation}.

Il y avait donc une certaine “mobilité“. Certains Hutus riches pouvaient accéder à la Cour et étaient considérés comme Tutsis. On a même vu des Twas anoblis à la Cour (mais ils étaient méprisés, cependant, tant par les Hutus que par les Tutsis) {DE HEUSCH (L), Tutsis, Hutus et Histoire, République n°23-24, octobre-novembre 1994}.

Être Tutsi signifiait appartenir à une classe dominante, être propriétaire de bétail, exercer une fonction politique… Ces distinctions étaient sociales et non pas ethniques ou raciales {DE HEUSCH (L), Tutsis, Hutus et Histoire, République n°23-24, octobre-novembre 1994}.

Au Burundi

Comme au Ruanda voisin, l’histoire du Burundi est marquée par l’existence d’un royaume ancien, préexistant à la période coloniale. Il s’agit d’une monarchie de droit divin, très structurée et peu ouverte sur l’extérieur. Les mwamis (rois) successifs vont élargir le pays par des conquêtes réalisées aux dépens des royaumes voisins et consolider leur pouvoir en s’appuyant sur la caste aristocratique (non tutsie) des Baganwas, appartenant souvent à la famille royale.

Contrairement au Ruanda où le pouvoir royal est très fort, il y a, au Burundi, un système plutôt de type féodal qui se traduit par l’existence de grands princes possédant des fiefs. Cette classe intermédiaire n’existait pas au Ruanda {DE HEUSCH (L), Tutsis, Hutus et Histoire, République n°23-24, octobre-novembre 1994}.

→ Les identifications héréditaires patrilinéaires en tant que Hutu ou Tutsi ne correspondent pas à une différenciation linguistique, culturelle ou géographique. Ces catégories correspondent à d’anciens clivages sociaux {CHRÉTIEN (J.P), Le défi de l’intégrisme ethnique dans l’historiographie africaniste[icon pdf ]. Le cas du Rwanda et du Burundi}. Hutus et Tutsis parlent la même langue, ont la même religion, sont membres des mêmes entités politiques depuis des siècles (les monarchies du Ruanda et du Burundi)Journal des anthropologues, 88-89}.

Instauration d’une administration indirecte très directive

La Belgique va instaurer dans ces territoires une administration indirecte dans la forme (elle va conserver la monarchie) mais très directive en pratique {Vidal (C), Les relations entre Hutus et Tutsis de 1750 à 1973: période précoloniale, colonisation et indépendance[icon pdf ],’ première République ‘}. Cela se fera par le biais d’une réforme administrative de grande envergure, inaugurée dès 1923, systématisée à partir de 1926 et terminée théoriquement en 1933, réforme qui lui permettra de s’arroger les pleins pouvoirs {Le Résident du Ruanda et celui de l’Urundi sont les supérieurs hiérarchiques des Administrateurs de territoires. Leur supérieur hiérarchique est le Vice-Gouverneur général du Ruanda-Urundi}.

A la tête des chefferies et sous-chefferies, vont être placés exclusivement les héritiers des lignées qui formaient l’entourage dynastique.

Les autorités coutumières issues de cette réforme vont avoir l’obligation d’encadrer administrativement leurs circonscriptions administratives et vont recevoir des consignes très précises en matière de mobilisation des populations sur le plan économique.

nota bene NB; En terme linguistique, les membres du personnel de l’administration, en contact permanent avec les indigènes, vont être tenus de posséder une connaissance aussi complète que possible des langues régionales.

Mise en place d’une politique favorisant les Tutsis

Lorsque les Européens, explorateurs, missionnaires et militaires vont découvrir cette région, ils vont être frappés par le contraste existant entre deux types humains. D’un côté, des Tutsis grands, élancés. De l’autre, des Hutus, plus petits et trapus. Les Européens vont construire sur cette base un véritable mythe historique Identités biologiques, identités sociales et conflits ethniques en Afrique subsaharienne“, Journal des anthropologues, p 88-89 – 2002} en distinguant une race des seigneurs, les Tutsis conquérants “Hamites” venus du nord, race faite pour gouverner et une race inférieure de “Bantous” conquise et dominée par ces derniers. Il s’agit d’une application de l’historiographie et de l’anthropologie physique caractéristiques de la fin du 19ième siècle. Et cette représentation va servir de base aussi bien à l’action des administrateurs coloniaux qu’à celle des missionnaires. Ils vont appuyer leur domination et leur influence sur les Tutsis pour régner sur la “masse” des Hutus {Medard (J-F), Rwanda, Burundi: les racines de la violence, L’Afrique en direct}.

La réforme administrative va donc, par la même occasion, ethniser la redistribution du pouvoir dans les nouveaux commandements au profit des ressortissants de grands lignages tutsis {Collectif, L’enseignement de l’histoire du Rwanda[icon pdf ], The Regents of the University of California, 2006}. Tous les chefs hutus vont être écartés des structures politiques traditionnelles {Shyaka (A), LE CONFLIT RWANDAIS, Origines, Développement et Stratégies de sortie[icon pdf ], Etude commandée par La Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation}.

→ Les colonisateurs, habitués à penser en termes d’inégalité raciale, vont considérer que Hutus et Tutsis appartiennent à deux races différentes, la seconde étant supérieure à la première.

Prétendant “rétablir la coutume dans sa pureté primitive”, l’administration belge va entreprendre, dans les années 30, d’épurer le milieu dirigeant local de ses éléments hutus. Elle va sélectionner de plus en plus exclusivement, dans les années 1940 et 1950, les fils de Tutsis (ou de princes dits Ganwa au Burundi) pour l’entrée à l’école d’Astrida (Butare), le seul établissement secondaire autre que les séminaires, où étaient formés alors les futurs cadres des deux pays. On cultive chez cette élite un esprit “d’aristocratie naturelle“: “les Batutsi étaient destinés à régner (…) sur les races inférieures qui les entourent” {CHRÉTIEN (J.P), Le défi de l’intégrisme ethnique dans l’historiographie africaniste[icon pdf ]. Le cas du Rwanda et du Burundi}.

En 1933-1934, une carte d’identité va être établie sur laquelle se retrouve mentionnée l’appartenance “Tutsi” ou “Hutu”. Elle mentionne la qualité de Tutsi pour tout individu possédant plus de dix vaches {Vidal (C), Les relations entre Hutus et Tutsis de 1750 à 1973: période précoloniale, colonisation et indépendance[icon pdf ],’ première République‘}.

→ Ainsi, ce qui n’était qu’une vision simplifiée, caricaturale d’une certaine réalité est devenu la réalité elle-même, vécue par les Tutsis et par les Hutus. Cette représentation va être, en effet, progressivement intériorisée par les intéressés. De sociétés très hiérarchiques et inégalitaires, mais relativement intégrées, non figées et fort complexes, on est donc passé à des sociétés “dichotomisées”, sur la base d’une structure sociale très simplifiée vécue en termes de races et politisées sur la base de ce clivage {Medard (J-F), Rwanda, Burundi: les racines de la violence, L’Afrique en direct}.

Cette instrumentalisation du phénomène ethnique dans les affaires politiques par le colonisateur va avoir pour base différents facteurs: les convictions idéologiques (hiérarchisation raciale), la logique de la colonisation “indirecte” sensée s’appuyer sur des indigènes capables et favorables, la ségrégation dans les écoles et le principe de “diviser pour régner” {Shyaka (A), LE CONFLIT RWANDAIS, Origines, Développement et Stratégies de sortie[icon pdf ], Etude commandée par La Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation}.

Au Ruanda

Le pouvoir colonial va donner du Ruanda précolonial une image falsifiée: celle d’une partition séculaire de la société entre dominants tutsis et dominés hutus. Cette image va confirmer les premiers dans l’idée de leur supériorité et donner aux seconds la conviction qu’ils sont spoliés depuis des siècles {Vidal (C), Les relations entre Hutus et Tutsis de 1750 à 1973: période précoloniale, colonisation et indépendance[icon pdf ],’première République‘}.

Le mythe des «Tutsis évolués» et des «Hutus faits pour obéir» va être méthodiquement véhiculé pendant plusieurs décennies par les missionnaires, les enseignants, les intellectuels et les universitaires, qui vont accréditer cette vision de la société ruandaise jusqu’à la fin des années soixante.

Au Burundi

Bien que les institutions politiques et sociales du Burundi fussent différentes de celles du Ruanda, le colonisateur va aligner le Burundi sur le modèle ruandais. Ainsi, les princes royaux Bangawas vont être considérés in fine comme des Batutsiles {Medard (J-F), Rwanda, Burundi: les racines de la violence, L’Afrique en direct}.

Importance du rôle de l’Église catholique

L’Eglise catholique va jouer un grand rôle dans les deux territoires.

Elle va être de très loin la plus influente des Eglises au Ruanda-Urundi et ce, dès la période coloniale allemande. En effet, en 1900, les missions protestantes ne s’intéressaient pas à cette région, si bien que les Allemands vont laisser le champ libre aux Pères Blancs qui, en 1913, vont fonder 11 missions, stratégiquement réparties {Vidal (C), Les relations entre Hutus et Tutsis de 1750 à 1973: période précoloniale, colonisation et indépendance[icon pdf ],’ première République ‘}.

Toutefois, c’est entre les deux guerres que les missions prendront toute leur extension. Au Ruanda comme au Burundi, la stratégie de l’Eglise et celle de l’administration coloniale vont être identiques, complémentaires et s’appuyer l’une sur l’autre {Medard (J-F), Rwanda, Burundi: les racines de la violence, L’Afrique en direct}. Les Pères Blancs sont persuadés de trouver chez les Tutsis, les meilleurs artisans de l’évangélisation de la région des lacs {CHRÉTIEN (J.P), Le défi de l’intégrisme ethnique dans l’historiographie africaniste. Le cas du Rwanda et du Burundi[icon pdf ]}. C’est l’idée que la conversion des chefs va entraîner celle du reste de la population.

Le Ruanda-Urundi va être davantage une terre de colonisation religieuse qu’économique {DE HEUSCH (L), Tutsis, Hutus et Histoire, République n°23-24, octobre-novembre 1994}. A partir des années 1930, on va voir se développer un mouvement d’évangélisation massive des habitants (chefs tutsis en tête) qui va bouleverser la vie des autochtones. En vingt ans, plus de 90 % des Ruandais vont devenir catholiques. En 1946, le Ruanda va même être solennellement consacré au Christ-roi par la volonté de son Mwami (Roi), fraîchement converti (1943).

Le gouvernement colonial belge va confier à l’Église catholique tout le secteur scolaire et celui de la santé. Elle devient par-là, dès 1932, la principale institution sociale, le deuxième employeur après l’Etat et le premier propriétaire foncier du pays {Medard (J-F), Rwanda, Burundi: les racines de la violence, L’Afrique en direct}.

L’organisation de l’enseignement primaire va débuter en 1924. Quant à l’enseignement secondaire, il va connaître un certain développement de 1948 à 1961. L’éducation telle qu’organisée par l’Eglise catholique, en accord avec le pouvoir colonial, va apparaître comme un système d’enseignement à deux voies différentes sans rapprochement possible. D’une part, un enseignement non formel de masse dispensé dans les catéchuménats, ouvert aux adultes et aux jeunes désireux d’avoir le baptême. Ce type d’éducation est centré sur l’apprentissage de la bible, de la lecture et de l’écriture. D’autre part, un enseignement formel très sélectif et très coûteux, avec un contenu de programme et des structures scolaires calqués sur le modèle belge {Medard (J-F), Rwanda, Burundi: les racines de la violence, L’Afrique en direct}.

Dès leur arrivée, les Pères Blancs vont introduire l’alphabet latin et une orthographe commune pour le kinyarwanda et le kirundi au Burundi. Grâce à l’étroit contact qu’ils vont développer auprès des populations autochtones, les missionnaires vont voir leur implantation facilitée: en parlant le kinyarwanda et le kirundi et en s’intégrant aux Ruandais et Burundais, ils vont réussir à acquérir une très forte influence sociale, économique, mais également politique {République du Rwanda}.

Développement économique

En matière économique, on va assister à une période de mobilisation générale marquée par l’introduction et la diffusion des cultures d’exportation cahier d’outre-mer} et de nouvelles plantes vivrières, par les reboisements, l’ouverture de ces territoires aux échanges ( grâce à la réalisation de réseaux routiers) et par la lutte contre les famines Le Congo belge

A partir de 1920, on va voir se développer, au Congo, l’assistance médicale indigène qui, jusque-là était pratiquement inexistante. Les efforts conjugués de l’État, de grandes fondations médicales (qui vont bénéficier de l’appui financier des pouvoirs publics), de sociétés privées et de missions vont aboutir à la mise en place d’un appareil médical et hospitalier conséquent {Stengers (J), Congo, mythes et réalités, éd. Racine, 2005, p.205}.

C’est également dans les années 1920 que s’ouvre une phase décisive pour le développement économique du Congo, dans les mines, les transports et les grandes plantations. Le cuivre va détrôner le caoutchouc comme produit clé de l’économie congolaise (et ce, jusqu’à l’indépendance et même au-delà).

La demande de main d’œuvre est intense. L’intervention de l’État va être capitale pour le recrutement de celle-ci. Dans la pratique, cela va aboutir à un système de recrutement qui ne différait du travail forcé que par son nom. Les recruteurs travaillant pour les sociétés qui allaient chercher la main d’œuvre dans les villages, en milieu coutumier, étaient puissamment aidés par l’administration territoriale (dont le rôle officiel était de “faciliter” le recrutement en “usant” de son influence). Par ailleurs, une prime par homme recruté était versée au chef de village. On va voir des chefs mettre des recruteurs d’entreprises différentes en concurrence afin d’adjuger leurs hommes au plus offrant. Pendant plusieurs années, dans de nombreuses régions, les recrutements forcés vont résulter, ainsi, de la combinaison de la pression administrative et de la vénalité des chefs.

D’énormes territoires vont être littéralement dépouillés de leur population masculine, ce qui va progressivement donner naissance à un véritable mouvement d’opposition à cette politique dans les missions catholiques mais aussi dans l’administration Le mouvement flamand et le mouvement wallon

A partir de 1930, les projets de réforme du régime unitaire de la Belgique se multiplient. Ils sont particulièrement nombreux en provenance des diverses formes que revêt le mouvement flamand.

De son côté, le mouvement wallon présente lui aussi plusieurs nuances (de modérées à radicales).

Mouvement flamand et Mouvement wallon continuent ainsi à exercer leurs pressions sur les partis et sur les gouvernements.

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